Le défi du Mollard et de l’Espanenc, passagers de l’Arche du Goût

22/02/2016

Mollard

Vigneron par vocation et fort de nombreuses expériences liées au monde du vin, Yann de Agostini travaille en autonomie au Domaine du Petit Août, à Theüs dans les Hautes-Alpes, où il a pu en 2013 se consacrer à la transition en bio. Là, il travaille sur des cépages traditionnels et c’est justement sur la tradition que Yann a décidé d’investir.

Le Mollard et l’Espanenc, autrement connu comme Plant Droit, sont deux cépages traditionnels des Hautes-Alpes, un terroir plutôt épargné par les maladies grâce au vent, qui souffle souvent dans la région. Cependant, ces terres hébergent surtout des cépages plus productifs, tels que le Chardonnay ou le Merlot, même si les cépages autochtones sont moins sensibles à des maladies comme l’Oïdium. Dans le passé on pouvait trouver le Mollard chez les gens qui n’étaient pas vignerons: il s’agit en effet d’un cépage très rustique – dominant avant l’arrivée du phylloxera – que les paysans avaient l’habitude de cultiver pour leur consommation propre. Sa productivité et sa résistance sont les raisons pour lesquelles il s’est tout de même maintenu avec le temps dans la région.

L’Espanenc en revanche est un cépage dont on retrace l’origine dans la Haute Vallée de la Durance, là où se situe le domaine de Yann, mais d’autres parlent du Vaucluse et il est possible d’en trouver quelques pieds dans le Languedoc. Quoi qu’il en soit il n’est jamais vinifié à part mais toujours assemblé, et la seule parcelle homogène de vieilles vignes qui subsiste, située dans la commune de Remollon près de chez lui, apporte ses raisins à la cave coopérative où il est mélangé. Vinifié ainsi, il n’est pas assez rentable, et risque donc d’être remplacé par d’autres cépages. L’intérêt du Mollard ou de l’Espanenc réside dans leur association au terroir, et cela se sent dans le résultat final: il y a une équation entre le Mollard et le terroir qui donne au vin des arômes de griotte et de poivre frais. Jules Guyot, dans le « Bulletin de la société d’études des Hautes-Alpes » en 1863, le situe entre le Gamay et la Mondeuse, autre cépage de Savoie.

Afin de sauver cette équation et pour développer le potentiel de ces deux cépages, Yann souhaite planter de nouvelles parcelles de Mollard et de Plant droit, mais pour cela il doit déboiser la montagne! C’est pour cette raison qu’il a lancé une campagne de crowdfunding sur Fundovino ,dont la collecte permettra de développer le projet en deux temps :

  • Préparation et plantation d’un demi hectare de Mollard pour mai 2016.
  • Déboisement et plantation de 0,20 hectare d’Espanenc pour mai 2017.

Le terrain à déboiser pour pouvoir replanter des cépages historiques était cultivé il y a une trentaine d’années. En effet après l’installation d’un barrage dans les années 50, l’arboriculture s’est développée dans la plaine et les vignes se sont maintenues sur les coteaux de la Durance. Dans les années 50, existaient 4 coopératives qui, les raisins étant payés au poids, privilégiaient la quantité plutôt que la qualité. Les vins étaient donc vendus en citerne et assemblés. Mais la surproduction a conduit l’Etat à accorder des primes à l’arrachage dans les années 70 et cette parcelle a donc été abandonnée.

Aider Yann signifie aider à préserver la biodiversité agroalimentaire locale. Mais si cela n’est pas suffisant pour vous convaincre, nous ajouterons que le Mollard et l’Espanenc donnent des vins légers et fins (avec un taux d’alcool faible, se situant entre 11 et 12%), assez peu tanniques, et très fruités, avec des notes de fruits rouges et un coté poivré. Ils sont faciles à boire et se marient très bien avec la charcuterie, le coté poivré et l’acidité permettant de l’alléger. Ils peuvent aussi se marier avec l’agneau selon la façon dont il est cuisiné : par exemple en tajine avec des aubergines, des pruneaux. Yann vinifie le Mollard également en rosé, qu’il travaille comme un blanc et qui est plus un vin de table qu’un vin d’apéritif. Quelle satisfaction ce serait de pouvoir boire, bouteille à la main, à la réussite de cette campagne!

L’Arche du Goût

Le Mollard et l’Espanenc sont deux cépages traditionnels inscrits à l’Arche du Goût par le convivium Slow Food Coolporteur Gap. L’Arche du Goût est un projet de Slow Food qui permet de recenser les aliments de qualité oubliés et en danger de disparition avant qu’ils ne soient perdus, que ce soient des espèces végétales, des races animales et des produits artisanaux liés aux cultures, aux histoires et aux traditions des communautés qui vivent dans des paysages culturels autour du monde. Ce patrimoine commun relève aussi
de la biodiversité et doit être préservé. En France actuellement, l’Arche recense une centaine de produits, tandis qu’au niveau international y sont inscrits plus de 2800 produits. Tout le monde peut contribuer à ce projet en signalant un produit ou une race animale liée à son territoire.

L’évolution de l’Arche peut être consultée dans l’espace qui lui est dédié sur le site de la Fondation Slow Food pour la Biodiversité ou sur le site de Slow Food en France.

Vous aussi, en soutenant le projet de Yann avec un don, vous pouvez nous aider et contribuer ainsi à préserver un petit morceau de biodiversité des Hautes-Alpes !