Slow Food France lance sa nouvelle campagne HQA à Euro Gusto

LE MONDE ET LES TEMPS CHANGENT

Nous étions des gourmets hédonistes, nous recherchions le plaisir. C’est ainsi qu’est né notre mouvement, pour satisfaire notre appétit de goûter la variété du monde et combler nos sens.

Puis nous avons compris que le support de notre plaisir ne pourrait continuer d’exister que si les hommes qui le produisaient ne disparaissaient pas eux-mêmes. Nous avons pris conscience de la dimension globale de l’alimentation et avons élargi notre vision bien au-delà de nos assiettes. Nous avons commencé à penser et agir en militants. Nous nous sommes investis dans le soutien des producteurs et artisans du goût menacés. Nous avons lancé des projets de défense de la biodiversité alimentaire. Nous avons réalisé que seul un consommateur averti, qui perçoit et comprend la globalité du système agricole et alimentaire et est formé à goûter la différence des produits qui lui sont proposés, est capable de participer à cette double sauvegarde. Alors nous avons entrepris l’immense chantier de l’éducation au goût.

Nous étions devenus des gourmets hédonistes et conscients, nous défendions les producteurs d’exception. Mais nous restions là enfermés dans une « niche ». L’alimentation au quotidien de la grande majorité des Français avait-elle pour autant gagné en qualité ? Le monde agricole dans son ensemble évoluait-il vers plus de durabilité ?
Grenelle de l’Environnement, évolutions de la Politique Agricole Commune, directives pour un développement du bio en restauration collective… dangers potentiels ou opportunités à saisir, les signes d’un monde prêt à amorcer le changement se multiplient. Dans ce bouillonnement de craintes et d’espoirs, de combats et de projets, peut-être manque-il un ferment capable d’offrir une perspective globale et de fédérer des acteurs qui, aujourd’hui, oeuvrent souvent dans le chacun pour soi ?
Et si nous avions là notre rôle à jouer ? Et si notre approche transversale de l’alimentation, hors de toute chapelle et intégrant ses dimensions culturelle, sociale, environnementale et économique, nous mettait en position de retisser sur les territoires le lien entre tous les acteurs de la chaîne ?

Bien sûr, la recherche du goût et du plaisir sur laquelle s’est fondé notre mouvement reste au cœur de nos motivations, bien sûr la défense des producteurs menacés et le soutien de la biodiversité sont toujours des combats prioritaires, mais le temps ne serait-il pas venu d’essayer de changer les choses au delà du cercle de nos sympathisants ? Le temps ne serait-il pas venu de sortir de notre « niche » ?
Aujourd’hui, nous pouvons devenir des gourmets hédonistes, conscients et solidaires, notre pouvons proposer à la société française de l’accompagner sur la voie d’une Haute Qualité Alimentaire au quotidien accessible à tous.

LA HQA, UNE SLOW FICTION ?

Slow Food France a rédigé un manifeste définissant les contours d’une Haute Qualité Alimentaire intégrant l’ensemble des dimensions d’une production et d’une consommation bonnes, propres et justes.
À partir de ce socle, différentes Chartes sont déclinées qui correspondent aux différents maillons de la chaîne alimentaire : producteurs, restaurateurs, restauration collective, artisans-transformateurs, distributeurs et consommateurs ou plutôt coproducteurs comme nous préférons les appeler au sein du mouvement Slow Food.
Ces Chartes peuvent nous servir, sur l’ensemble du territoire, à procéder au repérage des acteurs qui produisent ou transforment des aliments d’exception. Sur le nouveau site internet de Slow Food France ces inventaires nous permettront ensuite de faire connaître ces acteurs au grand public qui trouvera là un guide d’un nouveau genre. Un guide basé sur l’engagement des professionnels à respecter certains fondamentaux et à entrer dans une démarche constante de progrès, mais aussi sur la responsabilité des consommateurs exerçant pleinement leur rôle de co-producteur par leur avis critique interactif sur les noms et adresses qui leur sont proposés.

Les producteurs d’aliments d’exception ne suffiront cependant pas à résoudre la question de la qualité de l’alimentation pour tous au quotidien. C’est pourquoi les Chartes peuvent aussi nous servir à sensibiliser puis convertir les agriculteurs conventionnels et les opérateurs de la restauration collective, deux acteurs incontournables si nous voulons vraiment influer sur les changements à venir du modèle agricole et alimentaire français. Des conventions pourront alors être élaborées visant à mettre en relation les différents signataires des Chartes HQA et les collectivités territoriales. Relocalisation et revalorisation de la production agricole, accroissement de la souveraineté alimentaire territoriale, amélioration de la qualité servie en restauration collective… les bénéfices attendus sont considérables.

Utopie que tout cela, Slow Fiction destinée à faire rêver d’un monde meilleur. Peut-être, mais les enjeux et les défis à relever sont là. Sur tout le territoire rassemblons nos énergies, faisons nos repérages, sensibilisons les politiques et les professionnels, lançons des expériences, amorçons le mouvement. Attachons une attention toute particulière à l’éducation car la Haute Qualité Alimentaire n’est pas, ou n’est plus dans notre société, une tendance naturelle. Du simple apprentissage sensoriel à l’approche socio-culturelle en passant par la pratique de la cuisine, la diététique ou le retour à une relation avec la terre et ceux qui la travaillent pour nous, elle doit en grande partie se réapprendre. Pour revenir au plaisir, mais un plaisir plus plein, conscient et solidaire, apprenons puis partageons et tissons du lien… En entraînant nos sens à comprendre et apprécier le plaisir de la nourriture, nous commençons à poser sur le monde un regard capable de le changer.