Le Brésil et les agrocarburants : menaces sur l’agriculture

15/11/2010
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Le biodiesel produit à partir des fèves de soja et l’éthanol de canne à sucre sont les deux principaux combustibles du secteur de l’énergie d’origine agricole au Brésil, même si le Plan national d’agroénergie 2006-2011 prévoyait le développement d’autres sources, elles aussi agricoles, comme la biomasse forestière et les déchets issus des plantations et de l’élevage. La production de biodiesel à partir de plantes comme le ricin, le tournesol et le palmier à huile, cultivés dans le cadre d’exploitations familiales, avait été célébrée comme un modèle soutenable sur le plan environnemental, favorisant l’intégration sociale. Malgré les objectifs du Plan, la majeure partie du biodiesel produit au Brésil est issu du soja, dont le marché est contrôlé par les multinationales, et la production aux mains des grands propriétaires terriens. Jusqu’à présent, les actions du gouvernement visant à inverser la tendance se sont révélées très insuffisantes et la « durabilité » du secteur agroénergétique reste encore à prouver.

Le « combustible social » aux mains des multinationales

La production de biodiesel au Brésil a été programmée il y a 35 ans, en même temps que celle de l’éthanol. La création en 2003 d’un groupe de travail interministériel chargé d’étudier les possibilités d’utilisation des huiles végétales comme source alternative d’énergie inverse la tendance. En décembre 2004, le Plan national pour la production et l’usage du biodiesel est lancé ; il se concentre sur trois axes principaux : l’intégration sociale à travers l’agriculture familiale, la durabilité environnementale et la viabilité économique.
Afin d’assurer la viabilité économique du biodiesel, dont le prix est plus élevé que celui du diesel fossile, le gouvernement brésilien a décidé d’imposer un pourcentage obligatoire d’agro combustible à mélanger au diesel. Cette mesure est entrée en vigueur en janvier 2008.

Le secteur privé a réagi rapidement à la mise en place de ce pourcentage obligatoire en investissant aussitôt dans les infrastructures nécessaires à la production du combustible. De fait, le pays comptait cinquante-et-une usines de biodiesel en 2008. Quatorze autres ont été achevées en 2009, portant la capacité de production à quatre milliards de litres par an, pour des besoins évalués à environ 1 700 millions de litres par an suite à la mise en place du quota obligatoire. Trente-cinq autres projets d’installations sont en cours d’examen au ministère des mines et de l’énergie.
L’intégration sociale et le soutien à l’agriculture familiale ont été encouragés par la mise en place du « Label du combustible social ». Il s’agit d’un certificat délivré par le ministère du développement agraire aux producteurs industriels de biodiesel répondant aux deux critères suivants : fournir une assistance technique aux agriculteurs familiaux pour la production des oléagineux et leur acheter au moins un tiers de la matière première. Ce label est également une condition indispensable pour avoir accès à des exonérations d’impôt instituées par le Plan national de biodiesel.
La production totale de biodiesel au Brésil est passée de près de 700 mètres cubes en 2005 à plus d’un million et demi en 2009. 70 à 85% de cette augmentation, en fonction du mois et du cycle de récolte des cultures, provient de l’huile de soja.
La chaîne de production du soja brésilienne est le résultat de plus de quarante ans de recherche, d’investissement et de développement du marché.

Les grandes multinationales agro-industrielles, qui se partagent l’Amérique du Sud avec les grandes entreprises minières et pétrolières, sont en train de se regrouper pour former un système intégré : « Une stratégie régionale et un projet d’intégration des grandes entreprises sont en train d’être mis en place. La domination territoriale s’exprime à travers l’expansion de la monoculture et la réalisation d’axes logistiques d’écoulement vers les ports. »

Au second semestre de l’année 2008, la forte diminution des crédits accordés aux agriculteurs, due au bouleversement de la finance mondiale, a mis fin aux prévisions optimistes concernant la récolte de la saison 2008/2009. Cependant, malgré la crise, la majeure partie des investissements prévus pour développer le secteur du biodiesel ont été reconduits pour l’année 2009.
Cette importante mobilisation de capital s’explique également par un niveau d’attente très élevé dû à l’ouverture du marché mondial au biodiesel brésilien, encore peu exporté. Le gouvernement du président Lula a signé une série d’accords bilatéraux, principalement avec les États-Unis et l’Union européenne, dans le but de multiplier les possibilités d’exportations. Si ces accords se concrétisent, le Brésil deviendra le principal fournisseur d’agro combustibles du marché international.

Même si le biodiesel n’est aujourd’hui pas la cause principale de l’expansion du soja au Brésil, c’est un facteur qui vient s’ajouter à un marché international déjà florissant, avec des perspectives extrêmement prometteuses sur la nouvelle scène énergétique mondiale. Le soja est, sans aucun doute, central pour l’économie brésilienne, mais il appartient à un secteur qui engendre de graves problèmes au point de vue social et environnemental.
Le renforcement de l’agriculture familiale et de l’exploitation durable du territoire, prévu par le Plan national pour la production et l’usage du biodiesel, est lié à la diversification des cultures, et plus particulièrement à la promotion de celles qui sont plus adaptées à la petite production. Tout cela exige un réel engagement du gouvernement, qui doit prévoir des fonds spécifiques pour aider les petits producteurs et pour soutenir la recherche technologique. Cet engagement n’a été que partiel, et les conditions très favorables à l’industrie du soja au Brésil ont encouragé la production de biodiesel à partir de cette seule culture. Sans rééquilibrage, les aspects positifs de la production de biodiesel passeront au second plan.

Pour lire l’article complet, visiter : http://blog.mondediplo.net/

vvv

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