Journée Sentinelles et Assemblée Générale : chroniques d’un week-end dans les Hautes-Pyrénées

Laura Drago 30-06-2006

La satisfaction et l’émotion se lisaient dans les yeux des délégués qui quittaient l’Abbaye de l’Escaladieu, conscients d’avoir vécu deux journées intenses de débat et de découverte.

• L’arrivée et la Journée Sentinelles du 24 juin

• L’intronisation de Sinclair Philip et de Carlo Petrini par la Confrérie du Noir de Bigorre

• L’Assemblée Générale du 25 juin et le discours introductif de Carlo Petrini

• La conclusion et le discours final de Jean Lhéritier

L’arrivée et la Journée Sentinelles du 24 juin

Le 23 juin, au soir, les premiers délégués sont arrivés dans les Hautes-Pyrénées et se sont réunis, avec Raphaël Paya (Responsable du Convivium Bigorre), autour d’une table conviviale à Bagnères-de-Bigorre. Au cours d’un repas à base de spécialités régionales, les convives ont fêté l’occasion de se retrouver enfin, après plusieurs mois d’attente.
Le lendemain matin, Armand Touzanne, directeur du Consortium du Noir de Bigorre, a emmené les participants visiter un élevage aux alentours. Nous avons vu de près le porc noir de Bigorre : l’histoire de cette race, la plus ancienne qu’on connaisse en France, s’est déployée à travers le récit d’Armand et de Raphaël.Les caractéristiques spécifiques de cet animal, pas de tout adapté à l’élevage intensif, ont sérieusement menacé son existence : dans les années 70, elle était presque éteinte, et seule l’intervention de quelques éleveurs et du Consortium constitué en 1996 la sauva de l’extinction.
C’est un animal très résistant et rustique ; son pelage est noir et sa tête pointue est dotée d'un petit groin très mobile. Le porc noir se nourrit en plein air durant environ 14 mois, d'herbes, de glands, de céréales et de châtaignes. Seuls 25 porcs par hectare sont tolérés.
Après la visite, le groupe s’est arrêté pour un déjeuner à base de charcuterie et de viande fraîche de porc noir, grillée au barbecue, sous le regard vigilant de Jean Guilbaux, grand maître de la confrérie.
Les convives ont alors été rejoints par le Conseiller International de Slow Food Canada, Sinclair Philip, qui s’est assis parmi eux pour apprécier ces produits d’exception.
Après le repas, le groupe s’est dirigé vers l’Abbaye cistercienne de l’Escaladieu : le cadre verdoyant de ce site du XII siècle a accueilli les participants dans son enceinte riche d’histoire.
Une conférence a présenté les caractéristiques socio-économiques du département, qui entre baisse démographique et nouveaux arrivants, constitue un berceau de traditions à préserver.
Un atelier sur la découpe et la dégustation du jambon Noir de Bigorre a ensuite été proposé aux participants. Ce produit haut de gamme est élaboré à partir du porc Noir de Bigorre. Il est affiné pendant au moins 18 mois. Finement persillé avec des accents de sous-bois, il se déguste chambré, comme un vin de garde, autour de 20°C.

L’intronisation de Sinclair Philip et de Carlo Petrini par la Confrérie du Noir de Bigorre


A l’arrivée de Carlo Petrini, Giulio Colomba et Eugenio Mailler, le groupe s’est rassemblé dans le cloître de l’Abbaye, où notre Président International, ainsi que Sinclair Philip, Conseiller International de Slow Food Canada, ont été intronisés par la Confrérie du porc Noir.
Une chorale a ouvert la cérémonie avec des chants traditionnels bigourdans et Raphaël Paya, membre
de la Confrérie et Responsable du Convivium Bigorre a souhaité donner la bienvenue aux présents.
Le Grand Maître Jean Guilbaux a appelé l’un après l’autre Sinclair Philip et Carlo Petrini : il a listé les importantes actions menées en défense de la biodiversité et des petites productions, en présentant deux biographies pleines d’engagement et de passion. La soirée s’est poursuivie avec un buffet mettant à l’honneur le porc noir et les produits régionaux. Une soixantaine de convives ont dîné sous un chapiteau installé à côté de l’Abbaye : les institutions locales, les représentants de la filière du porc noir, la presse et les nombreux slowfoodiens présents ont profité de cette occasion pour échanger sur les projets du mouvement, dans une ambiance festive et décontractée.

L’Assemblée Générale du 25 juin et le discours introductif de Carlo Petrini


Le dimanche matin, les délégués et les auditeurs libres se sont réunis dans une salle de l’Abbaye pour l’Assemblée Générale de Slow Food France. 19 délégués étaient présents physiquement avec un total de 34 voix exprimées sur 42.
Carlo Petrini a démarré la séance avec un discours qui a repris les valeurs fondamentales de notre action.
En particulier, il a souligné l’importance de la « glocalisation », terme qui désigne la valorisation du local à une échelle planétaire.
Ce concept s’oppose à deux caractéristiques typiques de notre société : la vitesse et le gaspillage.
Dans ce cadre, une volonté s’affirme : celle de promouvoir une relocalisation de la production et de diffuser une attention plus forte à la distribution. L’achat de produits dont l’origine est toujours plus lointaine a un impact dévastant sur l’environnement et va souvent au détriment de la traçabilité de la nourriture.
En accompagnant cette « globalisation vertueuse » notre association se présente comme le carrefour entre la gastronomie (le bon), l’écologisme (le propre) et le soutien à l’équité sociale (le juste).
De plus en plus, notre gastronome averti vise à rapprocher les deux extrêmes d’un seul continuum, le consommateur et le producteur, se fondant en réalité dans une figure unique de citoyen.
Terra Madre a été au centre du discours de Carlo Petrini: cet événement, qui a déjà changé l’ADN de notre association, va encore la bouleverser avec les nouveautés qui marqueront cette édition. 1000 chefs seront présents, 1000 véritables liens entre la nature et la culture, entre les produits et nos assiettes. En tant que garants de l’art culinaire, ils seront des ambassadeurs permettant aux aliments sauvegardés d’accéder à l’assiette. Les Universités soutiendront le lien entre science officielle et savoirs traditionnels, en se portant traductrices entre ces deux mondes.
Les savoirs traditionnels constituent les éléments culturels à mettre en valeur, puisqu’ils constituent le berceau de notre culture, mais ils sont oubliés par nos outils habituels de recherche (combien de savoirs traditionnels pouvons-nous trouver à travers Google ?!).
Aujourd’hui, des actions fortes constituent un défi pour notre mouvement, dont il ne faut jamais publier les limites : nous militons dans une association pauvre ! Notre richesse est la complicité qui nous lie, l’amitié qui nous réunit, dans une structure complexe où le chaos démocratique fait la loi et où tout mécanicisme n’est pas applicable. Nous ne pouvons que capitaliser notre complicité et la canaliser dans la direction d’une globalisation positive, respectueuse de l’homme et de son environnement.
Les travaux suivants ont été dédiés à la discussion sur les statuts : certains amendements ont été intégrés et le texte définitif a été finalement voté à l'unanimité.
Un repas convivial avec des produits d’exception tels que le mouton de Barège et les haricots tarbais a réuni ensuite les participants sous le chapiteau à côté de l’Abbaye.

La conclusion et le discours final de Jean Lhéritier


Dans l’après midi les travaux de l’Assemblée Générale Ordinaire sont recommencés. Le rapport moral, le rapport des comptes, le rapport financier et le budget prévisionnel 2006 ont été présentés aux délégués et aux auditeurs ainsi que le salon Aux Origines du Goût.
L’Assemblée a été enfin clôturée par le discours de Jean Lhéritier :
à travers ses mots un avenir riche de nouveaux projets se profile pour notre association. Un avenir où le soutien aux communautés des producteurs se reflètera dans toutes les actions communes. Il a insisté, à l'aide d'exemples déjà en cours, sur la nécessaire collaboration entre Slow Food France et les Conviviums pour développer ensemble des projets locaux ou nationaux.
L’Assemblée de Tarbes était la dernière avant Terra Madre 2006 : la préparation de cet événement impliquera tous dans une démarche collective, dans laquelle le plaisir du partage et de la table sera comme un drapeau rassembleur.
La prochaine Assemblée Générale a été annoncée pour le 26 novembre à Tours : tous les délégués seront donc invités sous peu à un débat que l’on espère à nouveau si positif et si constructif.

Tous les remerciements vont maintenant aux organisateurs, à Raphaël Paya et au Convivium Bigorre, à Armand Touzanne et au Consortium du Noir de Bigorre, à Jean Guilbaux et à la Confrérie, au Conseil Général des Hautes-Pyrénées, gérant de l’Abbaye, aux éleveurs et naturellement à tous les participants de ce week-end, arrivés même de loin dans les Hautes-Pyrénées, sans lesquels ces journées n’auraient pas été si extraordinaires!



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